{"id":3778,"date":"2017-08-18T10:42:01","date_gmt":"2017-08-18T10:42:01","guid":{"rendered":"https:\/\/regateslarochejaune.org\/?page_id=3778"},"modified":"2017-08-18T10:43:12","modified_gmt":"2017-08-18T10:43:12","slug":"le-plan-deau","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/regateslarochejaune.org\/?page_id=3778","title":{"rendered":"Le plan d&rsquo;eau"},"content":{"rendered":"<h2><strong>Quelques notes de pr\u00e9sentation du plan d\u2019eau, de la Roche Jaune en Plouguiel, par Xavier Cottin<br \/>\n<\/strong><\/h2>\n<p><strong>Le Plan d\u2019eau de la Roche Jaune<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Le plan d\u2019eau de la Roche Jaune est une partie de l\u2019estuaire de Tr\u00e9guier. Cet estuaire est form\u00e9, en amont par la confluence de deux rivi\u00e8res&nbsp;: le Jaudy et le Guindy. Ces deux cours d\u2019eau se rencontrent au pied de la cath\u00e9drale de Tr\u00e9guier, distante de 5 kilom\u00e8tres. Mais l\u2019estuaire est aussi remont\u00e9 deux fois par jour par la mer. C\u2019est ce que l\u2019on nomme (en Ga\u00eblique) un aber ou ria (en Portugais)<\/p>\n<p><strong>Les origines g\u00e9ologiques du lieu<\/strong><\/p>\n<p>Ce site exceptionnel tient de ses origines g\u00e9ologiques.<\/p>\n<p>Il y a 110 000 ann\u00e9es d\u00e9butait la quatri\u00e8me p\u00e9riode glaciaire.<\/p>\n<p>La glace couvrit notamment le Nord de l\u2019Europe. Cela se traduisit par un net recul de la mer. Le trait de c\u00f4te se trouva \u00e0 140 m\u00e8tres au-dessous du niveau actuel. La Manche fut r\u00e9duite \u00e0 la dimension d\u2019un fleuve.<\/p>\n<p>Durant cette longue \u00e9poque, la rivi\u00e8re de Tr\u00e9guier form\u00e9e par ses deux principaux affluents&nbsp;: Le Jaudy et le Guindy creusa dans le vieux massif granitique breton une faille aussi profonde que tortueuse.<\/p>\n<p>Il y a 10.000 ans, du fait d\u2019un r\u00e9chauffement climatique, la mer retrouva (presque&nbsp;!) son niveau ant\u00e9rieur.<\/p>\n<p>De ce fait elle immergea l\u2019ancienne vall\u00e9e en cr\u00e9ant cet estuaire que le flot, au rythme des mar\u00e9es, monte et descend deux fois par jour.<\/p>\n<p>Le marnage (diff\u00e9rence de hauteur entre la pleine mer et le bas de l\u2019eau) est l\u2019un des plus important du monde. Il peut atteindre jusqu\u2019\u00e0 1O m\u00e8tres.&nbsp; (12 m\u00e8tres \u00e0 Roscoff)<\/p>\n<p>Il s\u2019agit ici d\u2019un des plus beaux Abers de Bretagne, par ses dimensions harmonieuses d\u2019une part, et aussi par son authenticit\u00e9 due \u00e0 une scrupuleuse conservation.<\/p>\n<p><strong>Un lieu vivant fait de rencontres incessantes <\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>Cet espace exceptionnel est un lieu de rencontre&nbsp;: Rencontres de deux rivi\u00e8res le Jaudy et le Guindy dont on ne sait laquelle l\u2019emporte sur l\u2019autre. Elles se croisent au pied de la cath\u00e9drale de Tr\u00e9guier pour former paradoxalement la rivi\u00e8re de Tr\u00e9guier.<\/li>\n<li>Rencontre entre l\u2019eau douce de ces deux rivi\u00e8res et de l\u2019eau sal\u00e9e. Cet incessant brassage d\u2019une eau tant\u00f4t adoucie par d\u2019abondantes pluies ou \u00e0 la salinit\u00e9 augment\u00e9e par de fortes mar\u00e9es permettra le d\u00e9veloppement de l\u2019hu\u00eetri\u00e8re.<\/li>\n<li>Rencontre de la terre et de la mer. Tout dans ce paysage marque cette rencontre o\u00f9 les algues pendent aux branches basses des arbres, o\u00f9 l\u2019herbe pousse sur les galets.<\/li>\n<li>Rencontre dans l\u2019alternance de deux mouvements quotidiens&nbsp;: Le flux et le reflux. C\u2019est l\u2019exceptionnel spectacle de cette rivi\u00e8re qui coule tant\u00f4t dans un sens, tant\u00f4t dans l\u2019autre. Alternance combin\u00e9e d\u2019un autre ph\u00e9nom\u00e8ne, celui de la variance continue des mar\u00e9es entre les vives eaux et les mortes eaux.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il s\u2019agit ici d\u2019un lieu mouvant interm\u00e9diaire en perp\u00e9tuel mouvement o\u00f9 les d\u00e9cors se transforment&nbsp; suivant les saisons, les mar\u00e9es, les vents, les pluies\u2026<\/p>\n<p>Le spectacle n\u2019est jamais le m\u00eame quelle que soit l\u2019heure du jour ou de la nuit<\/p>\n<p><strong>Un lieu de rencontres humaines charg\u00e9 d\u2019histoire<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>Arriv\u00e9es successives des celtes venus de Grande-Bretagne, notamment au cours des V<sup>\u00e8me<\/sup> et VI<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cles. Les chapelles qui bordent l\u2019estuaire&nbsp;: Saint Votrom \u00e0 Tr\u00e9darzec, Saint Goueno \u00e0 la Roche jaune, Saint Gon\u00e9ry \u00e0 Plougrescant t\u00e9moignent de ces arriv\u00e9es.<\/li>\n<li>Au XII<sup>\u00e8me<\/sup>si\u00e8cle : Le trafic maritime sur l\u2019Estuaire se d\u00e9veloppe pour atteindre Tr\u00e9guier, ville prosp\u00e8re, si\u00e8ge de l\u2019Ev\u00eaque.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les navires \u00e0 voile de toutes sortes empruntent en louvoyant l\u2019Estuaire. En 1310, le Roi de France, Charles VI fit construire une flotte de 72 navires de guerre \u00e0 Tr\u00e9guier<\/p>\n<ul>\n<li>Au XIX<sup>\u00e8me&nbsp;<\/sup>: C\u2019est \u00e2ge d\u2019or du cabotage dans la rivi\u00e8re&nbsp;:<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les \u00e9changes commerciaux avec Tr\u00e9guier par voie maritime sont \u00e0 leur apog\u00e9e. S\u2019il y avait peu d\u2019armement pour la grande p\u00eache, le cabotage \u00e9tait intensif entre la Grande Bretagne et tout particuli\u00e8rement avec le pays de Galles&nbsp;: Exportation de bois, de poteaux de mines, de l\u00e9gumes (les \u00e9chalotes des Johny). On partait \u00e9galement dans le Golfe de Gascogne chercher le sel.<\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00e2ge d\u2019or de la marine \u00e0 voile<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Tout au long du XIX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle et jusqu\u2019\u00e0 l\u2019entre-deux guerres, le trafic sera important dans l\u2019estuaire. Les voiliers de toute sorte, cotres, go\u00e9lettes, dundees, canots, barques\u2026y \u00e9voluaient. Dans les ann\u00e9es 1840, il y avait plus de 400 bateaux fr\u00e9quentant la rivi\u00e8re.<\/p>\n<p>La remont\u00e9e ou la descente de l\u2019Estuaire \u00e9taient un passage d\u00e9licat et dangereux tant la vall\u00e9e est tortueuse, escarp\u00e9e ou la mar\u00e9e, les courants et les vents mettaient les voiliers \u00e0 dure \u00e9preuve.<\/p>\n<p>Les \u00e9changes se faisaient avec la grande Bretagne (charbon de Cardiff) mais aussi avec les autres ports fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Puis il existait aussi un autre type de transport, plus local, celui des algues (le varech) et le sable (le ma\u00ebrl) pour amender les champs.<\/p>\n<p>Par contre et paradoxalement, la p\u00eache c\u00f4ti\u00e8re \u00e9tait peu pratiqu\u00e9e. Le poisson \u00e9tait difficile \u00e0 vendre du fait des difficult\u00e9s de circulation. De plus, il \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme une nourriture de p\u00e9nitence. Le \u00ab&nbsp;plateau de fruits de mer&nbsp;\u00bb ne sera appr\u00e9ci\u00e9 qu\u2019apr\u00e8s 1945&nbsp;!<\/p>\n<p>Le balisage de l\u2019estuaire \u00e9tait assur\u00e9 par des perches (balises lat\u00e9rales)<\/p>\n<p><strong>L\u2019embl\u00e9matique banc rocheux du Gorec<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Situ\u00e9 au centre du plan d\u2019eau de la Roche Jaune, en plein milieu du chenal, ce haut-fond est r\u00e9v\u00e9lateur \u00e0 lui seul de tout le danger de la navigation dans l\u2019Estuaire et les difficult\u00e9s qu\u2019\u00e9prouv\u00e8rent les navires \u00e0 louvoyer. Les extraits du pilote THOMASSIN de 1875 d\u00e9taille avec une pr\u00e9cision admirable l\u2019ensemble des ces \u00e9cueils.<\/p>\n<p>Ce banc comporte une roche terrible \u00ab&nbsp;la vieille&nbsp;\u00bb qui ne d\u00e9couvre qu\u2019aux grandes mar\u00e9es. Nombreux bateaux s\u2019y sont \u00e9chou\u00e9s.<\/p>\n<p>Ce fut le cas d\u2019un bateau Allemand qui, en 1943, s\u2019y empala. Quelques vieux marins du port lui port\u00e8rent assistance\u2026Ce qui leur valut, \u00e0 la lib\u00e9ration, un proc\u00e8s de collaboration&nbsp;!<\/p>\n<p><strong>La Roche Jaune avant la seconde guerre mondiale<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>La Roche jaune (qui tient son nom de la couleur d\u2019une roche de l\u2019Estuaire jaunie par les algues et les fientes des go\u00e9lands) &nbsp;\u00e9tait avant 1935 un lieu d\u00e9sert et tr\u00e8s peu accessible. La seule voie d\u2019acc\u00e8s&nbsp; \u00e9tait le chemin de la Casse\u2013Pattes. Ce chemin&nbsp; existe toujours, il fut jusqu\u2019\u00e0 l\u2019entre-deux&nbsp; guerres le seul acc\u00e8s au port de la Roche Jaune.<\/p>\n<p>Sur ce qu\u2019on appelle le Port et que les anciens d\u00e9signaient sous le nom de \u00ab&nbsp;gr\u00e8ve&nbsp;\u00bb se tenait un corps de garde avec un b\u00e2timent central et deux logements de douaniers. L\u2019Estuaire \u00e9tait tr\u00e8s peu peupl\u00e9 et les acc\u00e8s \u00e0 la gr\u00e8ve restaient rares et sans r\u00e9el int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p>Sur le plan d\u2019eau de la Roche Jaune, les seules constructions en bordure de rivi\u00e8re \u00e9taient celles de douaniers, plac\u00e9es \u00e0 des endroits pr\u00e9cis pour mieux surveiller la rivi\u00e8re. La contrebande \u00e9tait alors le \u00ab&nbsp;sport local&nbsp;\u00bb le plus pratiqu\u00e9.<\/p>\n<p>Il existait \u00e9galement \u00ab&nbsp;une canonni\u00e8re&nbsp;\u00bb \u00e0 la sortie de la baie de l\u2019enfer destin\u00e9e \u00e0 prot\u00e9ger Tr\u00e9guier des invasions.<\/p>\n<p>Si les rives \u00e9taient quasiment inhabit\u00e9es, la rivi\u00e8re \u00e9tait sillonn\u00e9e par les passages ininterrompus de navires de toutes sortes depuis les go\u00e9moniers jusqu\u2019aux go\u00e9lettes.<\/p>\n<p>En dehors de circonstances vraiment exceptionnelles (vent et courant favorables et puissants) la remont\u00e9e ou la descente de l\u2019estuaire se faisait en deux temps. Du large jusqu\u2019\u00e0 la Roche Jaune, puis de La Roche Jaune jusqu\u2019\u00e0 Tr\u00e9guier en entrant, et l\u2019inverse en sortant.<\/p>\n<p>C\u2019est devant le port de la Roche Jaune que les bateaux rel\u00e2chaient, au lieu-dit \u00ab&nbsp;Palamos&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Palamos est cet endroit de r\u00eave pour mouiller en toute s\u00e9curit\u00e9 un navire. A l\u2019abri des vents et des courants, les bateaux restaient \u00e0 flot en toute s\u00e9curit\u00e9. Le fond, meuble et plat, offrait aux ancres une bonne tenue.<\/p>\n<p><strong>Les moulins<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Si les berges sont rest\u00e9es tr\u00e8s longtemps d\u00e9sert\u00e9es, faute d\u2019int\u00e9r\u00eat, les ruisseaux qui convergeaient vers l\u2019Estuaire \u00e9taient retenus par de multiples moulins. On en d\u00e9nombrait pas moins de 154 sur les bassins versants du Jaudy, du Guindy et de l\u2019Estuaire de Tr\u00e9guier<\/p>\n<p>Il existait des moulins \u00e0 eau mais aussi, \u00e0 Kerbors, un moulin \u00e0 vent et au-del\u00e0 de Tr\u00e9guier, au lieu dit Traou Meur en Tr\u00e9darzec un moulin \u00e0 mar\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Le bac de la Roche Jaune<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>Au XIX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, il y avait deux bateaux qui assuraient la travers\u00e9e de l\u2019estuaire entre le port de la Roche Jaune et la rive en face en Kerbors. Le mat\u00e9riel se composait&nbsp;: D\u2019un bac de 8,68 m de long pour 3,51 de large pouvant contenir 22 personnes et d\u2019un bateau de 4.50 m sur 1,80m. La client\u00e8le \u00e9tait nombreuse les jours de foire, pour le pardon de Tr\u00e9guier (le 19 mai) et les f\u00eates locales. Ce bac fut l\u2019un des derniers et fonctionna en d\u00e9but du XX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. Lors de l\u2019occupation Allemande (1939-1945) il fut remis en activit\u00e9. Lo\u00efc HAMON fut l\u2019un des derniers passeurs.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quelques notes de pr\u00e9sentation du plan d\u2019eau, de la Roche Jaune en Plouguiel, par Xavier Cottin Le Plan d\u2019eau de la Roche Jaune Le plan d\u2019eau de la Roche Jaune est une partie de l\u2019estuaire de Tr\u00e9guier. Cet estuaire est form\u00e9, en amont par la confluence de deux rivi\u00e8res&nbsp;: le Jaudy et le Guindy. 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